Les tiers lieux, des lieux pour les étudiants

5 Mar 2021 | Actualité, Fabriques de Territoire

Cet article du Monde (tribune du 1er mars 2021) est une illustration, si besoin était, du travail que l’on mène, via la Fabrique de territoire, auprès de l’université Gustave Eiffel. Cette collaboration a permis de proposer des points d’accès étudiants pour lesquels nous cherchons aujourd’hui le financement de l’usage des tiers lieux. Des rencontres avec le département et la région sont en cours.

« Les tiers-lieux peuvent jouer ce rôle conjoncturel de vecteur de socialisation et de partage dont nos étudiants ont besoin »

Valorisant le partage et le lien intergénérationnel, ces endroits hybrides peuvent être un utile recours dans la crise sanitaire, soulignent, dans une tribune au « Monde », des dirigeants associatifs, des députés, des universitaires et le psychiatre Boris Cyrulnik.

Tribune. Les tiers-lieux présentent tous les atouts nécessaires pour répondre rapidement aux centaines de milliers d’étudiants dont la santé mentale a été profondément altérée par la crise sanitaire, engendrant isolement et distanciation physique et sociale.

En attendant des solutions conjoncturelles et structurelles, dont ils ont cruellement besoin, telles que le revenu de solidarité active (RSA) jeune pour les 18-25 ans ou encore le grand cycle sur l’égalité des chances dessiné par le président de la République, les tiers-lieux sont une première réponse forte pour laquelle nous plaidons.

Notre territoire ne compte pas moins de mille huit cent de ces lieux d’un nouveau genre, esquissant le futur de notre sociabilité au travail. Puisant aux sources du langage de la tech, ils demeurent bien ancrés dans villes, mais aussi dans les territoires ruraux. « Fablabs », « ateliers partagés », « livinglabs », « garages solidaires », « social places », « makerspaces » : tous visent la création, la formation, l’apprentissage, et valorisent le partage, la solidarité, le lien intergénérationnel, le faire ensemble, la mutualisation. Ils créent du mouvement et génèrent de nouveaux modèles socio-économiques dans un écosystème en profonde mutation. Ils jouent, au quotidien, un rôle de catalyseur pour la vitalité et le dynamisme de nos territoires.

Un tiers-lieu est cet « endroit hybride », détourné de son objet initial et réutilisé d’une autre manière. Sans les appeler de la sorte, sans même s’en apercevoir, nous créons des tiers-lieux tous les jours. Vous utilisez votre salle de bains pour regarder un film ? Vous avez dormi sur le canapé alors que vous regardiez la télévision depuis votre salon ? Vous avez créé un tiers-lieu temporaire. Transposés à l’actualité du pays, lorsque des gymnases et des salles de sport se proposent de devenir des centres de vaccination temporaires pour les besoins de la crise sanitaire, ce sont des aussi des tiers-lieux.

Un point de sémantique s’impose, et c’est Patrick Levy-Waitz, président de France tiers-lieux, qui définit cette notion : « Les tiers-lieux sont des espaces d’hybridation, permettant de faire émerger des coopérations inédites, prônant davantage un mode de fonctionnement, un esprit, qu’un espace physique porteur d’une vocation précise, fût-elle multiple ».

Les tiers-lieux peuvent ainsi jouer ce rôle conjoncturel de vecteur de socialisation, d’échanges et de partage, dont nos étudiants ont terriblement besoin.

Mobilisables à moindre coût

Ayant fait l’objet d’une contractualisation avec l’Etat, ils sont facilement mobilisables, à moindre coût, adaptables aux règles sanitaires en vigueur, et ce partout sur le sol national. Présents donc à la fois dans les territoires urbains, périurbains et ruraux, la plupart d’entre eux ne présentent aucune difficulté à devenir des espaces d’échanges pour les étudiants, en y associant par exemple les universitaires, les professionnels de la santé, notamment mentale, les accompagnateurs sociaux ou encore des acteurs économiques, que cela soit en présentiel ou en distantiel, grâce à un accès sécurisé et fiable au numérique.

Un protocole strict devra bien entendu être mis en place pour qu’aucun risque sanitaire majeur ne soit encouru par l’ensemble des parties prenantes.

En temps de crise, dans l’hypothèse sérieuse d’un troisième confinement, dans un moment où tout indique que la santé de nos étudiants inquiète fortement, que leur mal-être caractérisé doit générer une réponse aussi puissante que précise, il est urgent d’agir et d’accompagner notre jeune génération oubliée lors de cette crise sanitaire inédite, porteuse d’un nouveau paradigme sociétal plus solidaire et plus résilient.

Ainsi, nous plaidons en faveur de l’ouverture massive, dans le respect des règles sanitaires en vigueur, de tiers-lieux partout sur notre sol en faveur des étudiants : alors que la pandémie a forcé les jeunes à renoncer à une partie de leurs habitudes, au premier rang desquelles la vie en communauté et la rencontre permanente, ne les sacrifions pas plus. Nous avons entre nos mains une solution rapide, simple et peu coûteuse qui peut faire la différence dans un premier temps tout du moins : ne la laissons pas passer !

signataires : Ihab Aquchmir, président fédéral d’InterAsso Avignon ; Sophie Auconie, députée UDI d’Indre-et-Loire ; Claire Bazin, professeure de littérature anglaise, université de Nanterre ; Andréas Chaïb, président de Génération d’avenir ; Jérôme Courduriès, anthropologue, maître de conférences à l’université Toulouse-Jean-Jaurès ; Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, président de la commission des 1 000 premiers jours de l’enfant ; Hugo Dubert, secrétaire général adjoint d’Ensemble ! ; M’jid El Guerrab, député Agir ensemble des Français établis hors de France ; Béatrice Frachiolla, professeure en sciences du langage, université de Lorraine ; Eléa Lagarde, Au nom de nous étudiant.e.s ; Xavier Le Coutour, professeur émérite de santé publique, directeur du service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé de l’université de Caen ; Jennifer Merchant, politologue, professeure à l’université Paris-II Panthéon-Assas ; Noémie Merleau-Ponty, anthropologue au CNRS ; Benjamin Moron-Puech, enseignant-chercheur au laboratoire de sociologie juridique de l’université Panthéon-Assas ; Catherine Osson, députée LRM du Nord ; Thomas Perroud, sociologue, professeur de droit public à l’université Paris-II Panthéon-Assas ; Danièle Rapoport, psychologue clinicienne, cofondatrice de l’association Bien-traitance ; Maina Sage, députée Agir ensemble de Polynésie française ; Michael Stambolis-Ruhstorfer, sociologue, maître de conférences, université Bordeaux-Montaigne ; Jad Zahab, essayiste, auteur de « La France est une chance » (Les Trois Colonnes, 2019) ; Souad Zitouni, députée LRM du Vaucluse, membre de la Commission d’enquête sur les conséquences du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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