EDITO

 

​A Bernard….

 

Bernard tire sa révérence en ce grand week-end du premier mai. Il fait le grand pont… « Il est parti… » m’a écrit sa femme, Marie, cela résume tout. Quand l’inexorable a été annoncé, j’ai écrit ces lignes qui me sont venues, comme cela. Avec Bernard, c’est forcément une affaire d’entrelacs. Le travail, les rêves, l’amitié, les intuitions, tout était étroitement entremêlés. Il a été l’artisan de nos grandes réussites, mais aussi le garant de l’humilité et du doute.

« Il y a des rencontres, dans la vie, qui sont déterminantes et conditionnent tout le reste. Bernard fait partie de celles-ci. A un moment où la vie le quitte, incapable d’endiguer ce cancer qui le ronge, j’ai pris le parti d’écrire pour exprimer mes émotions et ne pas pleurer. Je le ferai plus tard, certainement, mais je ne peux me résigner aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes.
Je ne partagerai ce texte qu’après… quand il ne sera plus parmi nous, d’abord pour informer tous ceux qui l’ont connu, ensuite pour rappeler qui il était et comment je le percevais. Ce sera, enfin, l’occasion d’un témoignage numérique pour quelqu’un qui, finalement, en faisait sa passion mais restait très discret sur les réseaux sociaux. Bernard est présent, il le sera toujours et c’est le temps que je conserve pour parler de lui.

Notre première fois remonte aux temps où, exerçant mes talents au sein de la CCI de Meaux, on m’avait affublé du titre flatteur d’expert tourisme. On m’adressait ainsi tous les porteurs de projet qui avaient un lien, plus ou moins visible, avec la thématique. C’est ainsi que Bernard figura dans mon agenda, un jeudi de mars 2001, fameuse année, en fin d’après-midi. Il arrivait après avoir donné un cours à l’université, ce que j’appris plus tard car il ne se présenta pas tout de suite comme universitaire.

Petit, un pantalon côtelé, un gros pull en laine, un bonnet de la même matière à la main, des cheveux dans tous les sens, chaussures de marche (l’une de ses passions) le tout couvert d’un long manteau et d’un sac à dos, il débarqua dans mon bureau, visage bienveillant et sourire aux lèvres. C’est à ce moment que j’entrais dans le monde de Bernard… je devrais plutôt dire dans sa galaxie !
A travers ses différents projets de gîte, j’appris, petit à petit, à mieux le connaître pour bientôt l’apprécier, l’admirer et, enfin, l’aimer, tout simplement.
C’est une histoire de couple atypique, à la fois complémentaire et similaire. Je pense que, très tôt, il avait compris que le numérique tiendrait une place essentielle dans la société, que son rôle serait déterminant, surtout ses outils et leurs usages, et qu’il pourrait être, à la fois, vecteur d’égalité et de fracture. J’en étais à des années lumières…
Il aimait raconter comment, du temps de la belle aventure de la ville nouvelle de Marne la Vallée, il avait participé, au sein du groupe Aspasie, à une réflexion sur la télématique, notamment les usages du minitel. Beaucoup de ses interlocuteurs d’alors avaient pris, ensuite, le tournant du minitel rose et en étaient devenus riches, pas lui… il en riait encore. Ce qu’il cherchait, c’était les usages et l’égalité d’accès, pour les hommes comme pour les territoires. Un moteur qu’il n’abonna jamais.

On s’est éprouvé, testé, on a finalement transformé nos différences en valeur ajoutée et essayé d’en vivre. En tout cas on a cheminé professionnellement et on continue cette relation sur un autre mode désormais, plus simple, sans pression. Surtout, on ne s’est jamais interdit de rêver, de croire aux belles histoires et aux beaux projets. Cette naïveté se poursuit, elle me berce dans l’illusion que Bernard va s’en sortir.
Il ne faut jamais s’arrêter aux apparences. Les tenues de Bernard, son enthousiasme, ses passions pour les entrelacs et le brie noir, son approche pédagogique, ses convictions politiques… Un jour, comme ambassadeur Blablacar, j’ai pris un passager à Montargis. C’était un étudiant passionné de numérique et nous échangeâmes sur le sujet. Il me parla avec enthousiasme de son aventure à Marne la Vallée, dans un cursus, MITIC, qu’il avait choisi. Il y suivait les cours d’un professeur qu’il qualifiait gentiment de « Tournesol ». Il me décrivit un prof atypique qui ne faisait pas faire mais qui encourageait à faire. Cette expérience lui avait permis de s’affirmer. Bernard avait créé MITIC (Meetic comme j’aime le taquiner pour lui rappeler son aventure loupée avec le minitel). Pourtant, certains de ses pairs le jugeaient avec condescendance, souvent de haut, tant son indépendance et sa singularité irritaient et perturbaient un corps professoral bien assis dans ses certitudes. Certains élèves ne comprenaient pas toujours sa méthode qui les déroutait. Il pestait contre leur manque d’indépendance et leur formatage. C’est souvent un sujet de débat entre nous.
Le monde est petit… justement, Bernard aime à le décrire comme « glocal », contraction entre global et local, grâce au numérique. Je crois même qu’il a la paternité de ce concept. Cultivé, intelligent, profond, dans notre collaboration professionnelle, je me fais souvent le vulgarisateur de ses pensées. Je me moque souvent de lui en reprenant la célèbre formule que De Gaulle prononçait pour décrire avec affection André Malraux, alors son ministre de la culture, « nuageux avec des éclaircies ! ». Le cerveau de Bernard est un entrelacs de pensées, de rêves et de connexions entre des champs de réflexion qui ne se seraient pas rencontrés autrement.
Bernard est fin et sensible. Il a une lecture des gens qu’il rencontre qui est très juste. Jamais méchant, il ne faut pas le décevoir. Il a cette qualité de se mettre au niveau de ses interlocuteurs, quel qu’ils soient. C’est la marque d’une grande humanité.

Graduellement, de partenaires, notre relation a évolué vers une amitié profonde, et nos deux familles se sont fréquentées.
Je me souviens d’un séjour inoubliable à Barcelone, avec Marie, Lucy et Elsa. Week-end prolongé, trop court, éprouvant pour moi qui avais de gros soucis par ailleurs. Cet interlude m’avait fait un bien fou. Un voyage riche, gai, parsemé de belles rencontres, notamment avec des universitaires, et de bons moments de détente, notamment au moment des Tapas pendant lesquels ma fille Elsa, toute jeune, répétait sans arrêt « ramon » pour demander du jambon fumé.
Je me souviens d’un voyage en Angleterre, dans le cadre d’un projet européen pour lequel je t’avais recruté, où pris dans des échanges passionnés nous en avions oublié d’embarquer. Nous avions, heureusement, pu prendre l’avion suivant. Cela ne m’arrive qu’avec toi Bernard.
Je me souviens d’un voyage au Portugal, lors d’une réunion européenne des livings labs, dans un superbe endroit niché à flanc de coteaux, dans la grande banlieue de Lisbonne. Nous étions dans la même chambre, tu dormais très peu et nous y avions partagé nos insomnies.
Je me souviens d’un voyage que nous n’avons pas fait ensemble mais qui nous rapprocha, l’Algérie. Ce pays magnifique, tu l’as découvert avant moi, avec Marie, lors de ta coopération. Il en fallait, alors, du courage pour le traverser, comme vous l’avez fait, de long en large. Le souvenir de la colonisation était encore frais dans la mémoire collective.
Nos grands voyages resteront virtuels, nous projetant dans un autre univers, certainement un idéal, où tout le monde vivrait avec les mêmes chances, en paix. Tout t’intéresse, aiguise ta curiosité, sous ton air bonhomme tu es un passionné et, parfois, tu te transformes en volcan.
Les autres… souvent notre faiblesse. Difficile de dépasser le jugement des autres, notamment des institutions, et de défendre des intuitions, sans que l’on nous prête des arrières pensées. Souvent pas pris au sérieux, dénigrés parfois, nous avions tous les deux été éprouvés par une grande aventure professionnelle qui nous avait pris près de deux années de notre vie. Elle a renforcé notre conviction qu’il fallait s’affranchir des frontières, des contraintes politiques et des institutions. Ainsi est né Brie’Nov, un espace de liberté, d’audace, d’imagination… il est à ton image. La culture de Bernard nous entraîna vers l’esprit des livings labs, porté par l’Europe, qu’il observait depuis plusieurs années. Je me rappelle de ta satisfaction lorsque nous fûmes labellisés mais aussi de ta gravité. Nous avions alors, officiellement, une responsabilité d’acteur engagé et il fallait être à la hauteur. Tu avais conduit ce chantier comme un chef d’orchestre passionné, conscient que tu écrivais alors une partition qui serait inachevée… l’histoire nous dépassera tous.
Brie’Nov fut l’arène d’émotions, de coups de gueule, d’espoirs, de désespoirs, de grandes réussites et de quelques désillusions, surtout de belles rencontres. Tu en es l’âme, agitateur, modérateur, penseur, acteur… tu as endossé tous les rôles et même celui de sage que tu as fait tien, naturellement, à partir du moment où tu as décidé de prendre du recul pour t’occuper de toi et de Marie. Tu nous motives, encourages, critiques parfois, et tu t’extasies souvent quand tu regardes le chemin parcouru. Tu es le dépositaire majeur de cette aventure. Parfois, peut-être souvent, mais tu n’en montres rien, Brie’Nov t’épuise, t’irrite. Tu prends de la distance… puis te reviens. Ces derniers jours, la maladie t’empêche de participer comme tu le souhaiterais. Mais tu nous as invités à expérimenter, pour toi, le Tai Chi à distance avec Véronique, cette professeure que tu aimes tant et que ton déménagement éloigne. Les premiers essais avec Nicole t’ont fait du bien et cela a même donné des idées aux autres, testées d’ailleurs pendant cette période de confinement. Une nouvelle intuition…

Si je devais résumer Bernard, je dirais que c’est un gentilhomme, d’une noblesse humaine. Etonnamment, c’est à peu près le nom du lieudit où tu finis tes jours, à Gentillot. Cette qualification historique te ferait rire toi qui aimais dire qu’un général Corbineau avait accompagné l’épopée napoléonienne, surtout la bérézina !
Un regard bienveillant sur les choses du monde, sur tes congénères, mais jamais dupe aussi sur l’égoïsme auquel tu préfères le collectif, la compétition à laquelle tu préfères la coopération, la bêtise à laquelle tu préfères l’humanité. Par ta formation, tu as toujours une approche géopolitique des choses que je trouve très juste. Grand lecteur, tu digères toutes les informations que tes nuits d’insomnie t’ont permis d’absorber. Tes insomnies… elles te minent, te fatiguent, t’empêchent de mobiliser tous tes moyens. C’est une forme de boulimie, comme si tu voulais vivre plusieurs vies en une. Tu les vis comme une maladie sans jamais avoir pu en trouver la cause. Tu t’en irrites, souvent, mais elles t’aident à produire des fulgurances qui, souvent, éclairent d’un jour nouveau les réflexions et actions sur lesquelles nous travaillons.

Marie et Bernard… des inséparables. Leur couple est leur ressource. Bernard irrite Marie et il s’en amuse souvent. Marie est cette omniprésence qui l’aide à formaliser, qui le soutient dans ses combats. Ils ont réalisé nombre de projets communs et le dernier d’entre eux, ce déménagement dans le Lot, paraissait irréfléchi pour certain. C’est un dernier acte de bravoure pour concrétiser une même envie d’ailleurs, d’après, d’écrire une nouvelle tranche de vie, de se rapprocher de Lor ».

Bernard nous a quittés, en tirant avec panache sa révérence. Tu aurais pu partir d’un virus, toi le défenseur du numérique sain, tant d’ironie t’aurait certainement fait rire….
Mais c’est le cancer qui a eu le dernier mot. Illustrant l’impuissance de la science et l’humilité dont l’on doit faire preuve, dans cette période extraordinaire, par rapport au monde et à l’environnement que nous, humains, avons créé.
Tu es parti de la plus cruelle des manières, la maladie effaçant progressivement toutes tes facultés intellectuelles. Tu n’as jamais été dupe sur l’issue de ce combat. Nos derniers échanges téléphoniques ont été longs et émotionnels, la fatigue et ta voix qui s’éteignait progressivement étaient les seules raisons qui te poussaient à raccrocher. Nous ne nous étions jamais autant parlé, si ouvertement, si simplement. Ton quotidien prenant une importance extrême. Tu arrivais encore à rire et à avoir des traits d’humour. Mais aussi, à travers quelques phrases, quelques mots sur l’après, je sentais, intimement, que tu te préparais à nous laisser. Tu t’inquiétais pour Marie, pour son bien être après. Cela t’importait plus que ton propre état.
Nous laisser… cela fait déjà un grand vide. Une absence qui me donne énormément de peine. Qui me fruste aussi, tu nous quittes au moment où nombre de tes intuitions deviennent réalités…. C’est tout toi !
Ta pudeur, ta discrétion, ton attention mais aussi ce doute permanent qui accompagnait tes pensées, Bernard, tu étais toujours en équilibre sur le fil de tes convictions.
Tu pars, mais tu restes parce que notre relation est de celles qui durent, sont éternelles ? Tu pars mais tu vis dans mon cœur, celui de ma famille, dans le cœur de Brie’Nov.
Je ne sais pas où tu vas. Ton esprit critique te protégeait des croyances maladives et de l’opium du peuple, quel qu’en soit l’origine des effluves. Mais tu resteras gentilhomme Bernard, passionné, passionnant et toujours enthousiaste.
Pour cela, et bien plus encore, je te serai toujours reconnaissant !

Didier Galet

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