AUX OASIS !!

Un texte récent d’Edgar Morin dans lequel nous retrouvons l’essentiel des valeurs véhiculées par Brie’Nov. Ces Oasis ressemblent beaucoup à nos Relais des Possibles. Mais il les décrit avec plus de talent !
La France est un désert de la pensée politique où après les suites de l’attentat à Charlie Hebdo une islamophobie délirante progresse, comme si les Maures arrivaient à Poitiers avec Renaud Camus comme Charles Martel, où le désarroi revient, où le peuple de gauche a dépéri, où la gauche de la gauche dénonce sans énoncer une nouvelle Voie politique, où l’austérité est promue plutôt que la consommation, la croissance plutôt que la relance, où le capital dicte sa loi (elle même aveugle) dans les décombres de la pensée socialiste, la dégradation du syndicalisme, la compartimentation et l’ethnicisassions des classes ouvrières. La recherche de voies nouvelles se fait et s’expérimente au niveau des associations et initiatives de la société civile mais celles ci n’ont pu se synergiser, et la route sera longue.
Continuons à observer, analyser, essayer de comprendre les évolutions mondialisantes et contre mondialisantes, et évidemment à nous prononcer sur la politique et l’absence de politique en France. Sachons que l’activité politico-militaire de la France au Moyen Orient est non salutaire mais catastrophique.
Aussi dans la conjoncture actuelle, tout en demeurant des citoyens vigilants et actifs, aménageons en même temps dans notre présent des oasis de convivialités pour nous protéger du déferlement des vagues géantes de l’économie techno bureaucratisée, du calcul aveugle à l’humain, qui nous transforme en objets, de la compétitivité, de la rationalisation, de la marchandisation, du profit qui ont envahi toutes les ramifications de notre société. Encourageons plutôt les initiatives porteuses d’un futur, sachons qu’être responsable et solidaire sont non seulement des impératifs éthiques, mais des vertus qui épanouissent nos vies.
Sauvegardons, nourrissons, développons ces oasis autant que possible. Privilégions le bien vivre sur le bien être seulement matériel. Retrouvons notre propre nature en retrouvant la nature, et retrouvons la nature en retrouvant notre propre nature
Chacun sait au fond de lui même, même si ce savoir est refoulé ou occulté quand la conscience est préoccupée par le souci économique, que l’amitié et l’amour sont les constituants de la vraie vie. Alternons sobriété et fêtes. Laissons nous aller à la part ludique de l’existence. Allons vers ce qui nous enchante ou nous exalte. Contrôlons et régulons notre consommation : consommons dans les circuits courts, dont les AMAP, nourrissons nous de produits bios ou fermiers, évitons d’acheter les objets jetables ou à obsolescence programmée, réparons plutôt que jeter, achetons chez les commerces de proximité, soutenons les entreprises citoyennes, branchons nous sur les mutuelles et coopératives autant que possible, là où l’on respecte le personnel et bénéficie de ses initiatives, utilisons en ville bus et metro, et quand il le faut vélos lib et auto lib. Résistons si possible aux normes et contraintes des usines et bureaux en démontrant que l’obéissance et la soumission diminuent l’efficacité de l’entreprise alors que la satisfaction et l’initiative créent la véritable compétitivité.
Contournons les interdits absurdes, sachons désobéir quand il le faut (cf. le petit manuel de désobéissance citoyenne de William Bourdon, qui nous suggère de devenir des lanceurs d’alerte là où nous voyons que la course aux hyperprofits et la multi-surveillance menacent nos droits et nos libertés) Produisons là où c’est possible notre propre énergie, devenons jardiniers là où c’est possible, notamment chez les retraités. Quand nos territoires sont désertifiés par la désindustrialisation et l’agriculture/élevage industrialisés, essayons de leur rendre vie fermière, artisanale, à réintroduire boulangerie et bistrot dans les villages.
Cherchons l’épanouissement du Je au sein d’un ou de multiples Nous. N’oublions pas les solidarités locales, sans oublier la grande solidarité qui nous lie à tous les humains.
Nos sommets politiques et économiques ignorent tout des vies quotidiennes : ils vivent dans leur bulle et connaissent du monde les chiffres de leurs experts. Faisons nos propres bulles de vie par rapport à eux.
Sachons jouir esthétiquement des merveilles de la vie et des arts. Trouvons dans le cinéma un moyen pour mieux comprendre l’humanité d’autrui, ainsi qu’un moyen de plonger dans la diversité des cultures. L’amour de la vie et du vivant est ce qui peut nous aider à nous révolter contre la cruauté du monde et des hommes.
Tout cela n’est pas nous désintéresser du sort du monde, c’est au contraire, en créant les nouvelles oasis de vie, sauvegarder tous les germes de salut dans un monde qui se croit en développement et qui est en perdition ».

Edgar Morin

Pin It

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *